*Centre de consultations de pathologie professionnelle du CHU-Hôpitaux de Rouen, CISMeF-TIBS-LITIS EA 4108, université de Rouen
Auteurs associés : Sophie Fantoni Quinton (CHU de Lille, CRDP EA 4487, université Lille), Audrey Petit (CHU d’Angers, Inserm U1085, Irset), Camille Baumann (Institut de santé au travail du nord de la France), Karine Petitprez (HAS), Jean-François Gehanno (CHU-Hôpitaux de Rouen, CISMeF-TIBS-LITIS EA 4108, université de Rouen), Jean-Baptiste Fassier (HCL).

 

Le maintien en emploi (MEE) est une priorité de santé publique qui a conduit la Haute Autorité de santé (HAS) et la Société française de médecine du travail (SFMT) à élaborer, en partenariat, des recommandations de bonne pratique intitulées « Santé et maintien en emploi : prévention de la désinsertion professionnelle des travailleurs ».

Les objectifs de ces recommandations sont de proposer un socle commun pour prévenir la désinsertion professionnelle, de contribuer au maintien en emploi des travailleurs et d’améliorer la lisibilité et la cohérence de la prise en charge des personnes à risque de désinsertion professionnelle(1).

L’objectif de cet article est de présenter une revue de la littérature et la synthèse des recommandations concernant le MEE des personnes atteintes de cancer.

ÉTAT DES CONNAISSANCES

Le cancer a généralement un impact sur le parcours professionnel, au moins de façon temporaire : diminution du temps de travail, modification de l’organisation du travail, baisse des revenus ou des salaires, baisse de la capacité de travail, risque de chômage et de départ en retraite prématuré. Les études françaises récemment publiées suggèrent que ces effets persistent dans le temps, jusqu’à cinq ans après le diagnostic(3).

Les études internationales mettent en évidence un taux de reprise du travail après cancer très variable, de l’ordre de 63,5 % en moyenne, avec des extrêmes allant de 24 à 94 %. Ce taux dépend en particulier de la durée d’observation, du type de cancer, des systèmes de santé et de protection sociale. À titre d’exemple, en France, selon une étude de l’Institut national du cancer (INCa) publiée en 2014, le taux de maintien dans l’emploi à deux ans du diagnostic allait de 39 à 85 %, selon la localisation cancéreuse[2] (voir ci-contre).

Les facteurs favorisant le MEE peuvent être regroupés en 4 catégories :

- sociodémographique : âge jeune, niveau d’éducation élevé, statut socio-économique élevé ;

- médicale : localisations cancéreuses touchant des patients jeunes, cancer de bon pronostic, absence de chirurgie ou chirurgie moins invasive, traitement ne comportant pas de chimiothérapie, moindre présence de symptômes physiques ou psychologiques (dont la fatigue), bonne capacité de travail, bonne santé perçue, bonne santé mentale, et bonne santé antérieure au diagnostic de cancer ;

- professionnelle : contrat de travail non précaire, travail antérieur à temps plein, mise en place d’une rencontre employeur-patient pour discuter du retour au travail, support/soutien du manager, perception par le patient de la mise en place par l’employeur de moyens pour le retour au travail, aménagement du poste de travail, autonomie dans le travail, travail non physique, travail sans tension, ancienneté dans le poste de travail ;

- liée à l’accompagnement du patient : conseils apportés pour le retour au travail, intégration dans des programmes de réentraînement, accompagnement pluridisciplinaire par des services spécialisés, continuité de la prise en charge.

 

Maintien de l'emploi selon la localisation cancéreuse

 

ÉVALUATION DES INTERVENTIONS

Les études portant sur l’évaluation des interventions visant le retour au travail ou le maintien en emploi des personnes atteintes de cancer sont relativement rares, de contenu hétérogène et souvent de faible qualité méthodologique. Certaines études montrent que les interventions multidisciplinaires, coordonnées, associant des dimensions physiques, psychologiques et professionnelles, améliorent le retour au travail des personnes atteintes de cancer, avec cependant des niveaux de preuves modérés.

En outre, le contexte global du pays où sont réalisées les études est peu pris en compte : les systèmes de protection sociale, les politiques publiques et les possibilités d’aides financières ou d’indemnisation sont très variables d’un pays à l’autre et sont encore des facteurs peu analysés dans les études.

RECOMMANDATIONS EN VUE D’UN RETOUR ET DU MAINTIEN EN EMPLOI

Les résultats de cette revue de littérature ont été discutés avec les membres du groupe de travail constitué par la HAS en collaboration avec la SFMT pour élaborer, à l’issue d’une phase de lecture, les recommandations synthétisées ci-dessous.

Afin de favoriser le retour au travail ou le maintien en emploi, un plan spécifique doit être établi en concertation avec le travailleur, le médecin du travail, l’employeur, le médecin traitant et, le cas échéant, les médecins du parcours de soins. Les autres acteurs du maintien en emploi doivent être associés, autant que nécessaire (médecin-conseil des organismes d’Assurance maladie, assistant de service social, chargé de maintien en emploi Cap emploi-Sameth, etc.). Ce plan, établi par le médecin du travail, comprend trois phases :

- une première phase d’analyse et de compréhension partagée du risque de désinsertion professionnelle. L’ensemble des paramètres influençant le retour au travail ou le MEE est évalué dans cette phase ;

- une deuxième phase d’identification des freins potentiels à la reprise du travail et des leviers pouvant être mobilisés ;

- une troisième phase de mise en oeuvre planifiée des mesures décidées à l’issue de la phase précédente, et de suivi avec une évaluation régulière de l’état de santé du travailleur et de sa situation de travail. Ces mesures ciblent l’individu, le milieu de travail et la coordination des intervenants.

Les mesures ciblant l’individu visent en particulier à améliorer la capacité de travail et la perception des capacités fonctionnelles résiduelles de la personne, à assurer une prise en charge des conséquences psychologiques de la maladie et prennent en compte la temporalité de la reprise ainsi que les spécificités de genre, les problématiques étant différentes chez les hommes et les femmes atteints de cancer.

Les mesures ciblant le milieu de travail comprennent notamment l’encouragement de l’employeur à promouvoir autour du poste de travail du patient-travailleur un environnement de travail prévenant ou corrigeant les facteurs de risque susceptibles d’influer négativement sur le MEE, dans le respect du secret professionnel. D’autres mesures, temporaires ou durables, sont recommandées : réduction du temps de travail, impliquant initialement un temps partiel thérapeutique, adaptation du travail et mesures de compensation limitant la charge physique. Des actions de formation et d’orientation professionnelle peuvent être mises en oeuvre en cas de nécessité de changement de poste de travail. L’ensemble de ces mesures peut être facilité par des démarches médico-administratives complémentaires (demandes de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, de mise en invalidité, saisine de structures spécifiques, par exemple).

Les mesures ciblant la coordination des intervenants comprennent l’information du patient par le médecin traitant et l’équipe de soins sur l’intérêt de solliciter un rendez- vous avec le médecin du travail (visite de préreprise en cas d’arrêt de travail ou visite à la demande du salarié lorsque le patient poursuit son activité professionnelle). De plus, avec l’accord du papratiques tient-travailleur, la communication entre le médecin du travail et le médecin traitant et l’équipe de soins doit être favorisée.

Enfin, il y a lieu de promouvoir la liberté de choix de reprendre ou non le travail au cours des traitements, en concertation avec les acteurs de la prise en charge en cancérologie. Enfin, lorsque le traitement du cancer a nécessité un arrêt de travail prolongé et/ou entraîné une fatigue importante, il est recommandé d’envisager une période de transition entre la fin des traitements et la reprise du travail. Selon les besoins propres à chaque travailleur, cette période de transition peut être mise à profit pour entreprendre un programme d’activité physique adaptée, un programme de remédiation cognitive, un soutien psychologique individuel et/ou collectif ou toute autre activité favorisant la période de transition entre les traitements lourds (chimiothérapie, radiothérapie) et la reprise du travail.

 

Paramètres de la situation à prendre en compte pour l'élaboration du plan de retour au travail ou de maintien en emploi

 

En conclusion, le MEE des personnes atteintes de cancer est un élément important de leur rétablissement et de leur autonomie. Il existe encore peu d’études de bonne qualité méthodologique sur ce sujet important. Ces recommandations de bonne pratique sont destinées à guider les professionnels qui accompagnent les personnes ayant eu un cancer dans leur processus de retour au travail.
 

1. Haute Autorité de santé. Santé et maintien en emploi : prévention de la désinsertion professionnelle des travailleurs. Disponible sur http://bit.ly/337RchT (consulté le 26 décembre2019).
2. Institut national du cancer, Institut national de la santé et de la recherche médicale. INCa, La vie deux ans après un diagnostic de cancer : De l’annonce à l’après-cancer. Boulogne-Billancourt : INCa, 2014.
3. Institut national du cancer, Institut national de la santé et de la recherche médicale. INCa, La vie cinq ans après un diagnostic de cancer : Boulogne-Billancourt : INCa, 2018.

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