article publié dans Concours pluripro, juin 2021

En France, en 2016, les salariés ont déclaré en moyenne onze jours de maladie. Mais seulement huit ont donné lieu à des arrêts de travail, d’après l’enquête CT-RPS 2016 (Conditions de travail et risques psychosociaux). Les trois restants se sont soldés par du "présentéisme", défini dans l’enquête comme le fait "d’aller travailler tout en pensant que vous auriez dû rester à la maison parce que vous étiez malade". Une étude menée à l’échelon européen montre que la part de présentéisme chez les salariés Français pourrait s’élever à 62 %, faisant d’eux des champions de la discipline.

Cette situation traduit des dysfonctionnements coûteux à l’entreprise et à la société, à moyen et à plus long terme. La littérature scientifique sur le sujet suggère en effet que "le présentéisme augmente l’absentéisme", rappelle Ceren Inan, chercheur à la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) et auteur d’une analyse sur le sujet, qu’il a présentée lors d’une conférence en ligne organisée par le Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), le 25 mai dernier. "Travailler en étant malade est plus coûteux que l’absentéisme", ajoute-t-il.

Une responsabilité personnelle

L’étude menée par la Dares montre une corrélation entre le présentéisme et des conditions de travail dégradées. Pour analyser les risques, Ceren Inan s’est intéressé à la propension au présentéisme (définie comme le rapport entre les jours de présentéisme et les jours de maladie). Il a notamment observé une corrélation avec une intensité de travail élevée, un travail normé ou une forte pression temporelle.

"Lorsqu’il fait face à une demande de travail importante ou qu’il manque de moyens pour faire son travail, le salarié pourrait être découragé de poser un arrêt, de peur de voir la quantité de travail s’accumuler pendant son absence, ou retomber sur ses collègues", analyse-t-il. La présence de rapports conflictuels avec la hiérarchie ou le manque de moyens pour faire correctement son travail se ressentent aussi à la hausse dans la propension au présentéisme, tout comme le fait d’être en contact avec un public difficile.

 

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