Article publié dans Concours pluripro, mars 2021

 

D’après le rapport de l’Assurance maladie sur la sinistralité liée au travail*, publié en décembre 2020, 88 % des maladies professionnelles reconnues en 2019 sont liées à des troubles musculosquelettiques (TMS). Mais entre 2018 et 2019, le nombre de nouvelles victimes d’une affection du rachis lombaire était en nette baisse, laissant espérer un déclin prolongé traduisant les efforts de prévention dans la manutention de charges lourdes et l’exposition aux vibrations. Le confinement strict de mars 2020 pourrait avoir changé cette trajectoire positive.

En décembre 2020, au congrès national de la Société française de radiologie (SFR), des chercheurs et des médecins de sa section "rachis" ont en effet présenté les résultats d’une étude (voir encadré ci-dessous) menée juste après, qui semble notamment montrer une aggravation des symptômes. Parmi les 360 patients lombalgiques que compte l’étude, 41 % ont rapporté une augmentation de l’intensité de la douleur ressentie, et 30 % ont dû augmenter leur traitement antalgique. À l’inverse, les symptômes se sont améliorés pour 14 % des patients.

Toujours la sédentarité

"La diminution des activités physiques, le mauvais vécu du confinement ou encore le télétravail étaient associés au risque d’aggravation de la lombalgie à l’issue du premier confinement", note ainsi la SFR. Le stress lié à la pandémie, la limitation de l’activité physique et des interactions sociales pourraient avoir joué un rôle dans ces résultats. Un ressenti négatif sur le confinement (pour plus d’un patient sur deux) était en effet significativement associé à l’aggravation des douleurs, et 49 % des patients ont déclaré avoir fait moins de deux heures d’activité physique durant cette période (contre 34 % avant).

"Une analyse comparative entre les hommes et les femmes montre également qu’un meilleur vécu du confinement est plus protecteur chez la femme, et que la diminution de l’activité physique est plus délétère chez l’homme, précise le Pr Audrey Petit,  rhumatologue et médecin du travail au CHU d’Angers, co-autrice de l’étude. Le vécu du confinement a possiblement eu un impact différent en fonction des centres (Paris, Angers, Grenoble, etc.), mais nous manquons de puissance statistique sur ce point pour conclure".

Le premier confinement avait pris tout le monde de court. Les salariés en télétravail étaient partis un peu en catastrophe avec leur ordinateur et quelques documents, ne disposaient pas de matériel adapté, ou de pièce dédiée pour travailler. Depuis, les conditions de télétravail ont pu s’améliorer dans un certain nombre de cas, avec l’espoir de freiner l’augmentation des TMS liés au travail. "Ce qui a changé également, c’est que les enfants sont retournés à l’école, note Audrey Petit. Or, dans l’évolution de la lombalgie chronique, nous savons que l’état mental, l’anxiété et la dépression peuvent avoir un impact."

Les recommandations de la SFR ne changent pas : la pratique d’une activité physique adaptée à la pathologie – avec l’aide d’applications, de vidéos internet, d’exercices d’auto-rééducation, etc. – sur prescription médicale si nécessaire. Elles sont à retrouver dans la campagne de l’Assurance maladie "Mal de dos ? Le bon traitement, c’est le mouvement".

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