Ce qui l’a séduite avec l’expérimentation Écout’Émoi, "c’est la possibilité d’offrir à des adolescents dont les familles ont des ressources financières insuffisantes de se faire soigner gratuitement, explique Émilie Méresse, psychologue libérale, installée à la MSP de Saint-Germainmont (Ardennes). Il s’agit d’une avancée majeure."

Lancée début 2019 dans le cadre du plan "Bien-être et santé des jeunes", en Île-de-France, Pays de la Loire et Grand Est, l’expérimentation Écout’Émoi propose un parcours coordonné de prise en charge et d’accompagnement aux jeunes de 11 à 21 ans. Il repose sur leur repérage par les acteurs présents dans leur territoire de vie, puis sur une orientation vers le psychologue par un médecin évaluateur formé à ce rôle. "De nombreux adolescents me sont adressés par la médecine scolaire", rapporte le Dr Maggie Pétrignet-Miel, médecin généraliste au sein de cette MSP et médecin évaluateur.

Emilie Méresse
Emilie Méresse

Pour Émilie Méresse, cette expérimentation est un moyen de faire reconnaître la place des psychologues dans le système sanitaire français. "Le tarif de nos consultations et leur non-remboursement entraînent une sélection des patients, explique-t-elle. Avec Écout’Émoi, ce point de blocage financier est levé. Et l’intérêt est de montrer aux tutelles l’importance de donner à la population un accès aux psychologues."

L’expérimentation prévoit une rémunération forfaitaire des psychologues sur la base de 12 séances à 32 euros chacune. Une somme moins élevée que le tarif de ces professionnels, généralement fixé au minimum aux alentours de 50 euros. "Je ne change pas pour autant ma manière de travailler, et je reçois le patient pendant une heure", précise la psychologue, qui facture les séances à la Maison des adolescents (MDA). Pour l’heure, elle a suivi sept patients dans le cadre d’Écout’Émoi, pour des problématiques en lien avec le harcèlement à l’école, les difficultés familiales ou les troubles alimentaires. De leur côté, les médecins facturent une consultation 2C, soit 50 euros, inclus dans le budget dédié à l’expérimentation.


Les limites du dispositif

"Les bilans de fin de prise en charge des jeunes patients font toujours état d’un mieux-être, même si dans certains cas, il faudrait parfois poursuivre le suivi", reconnaît Émilie Méresse. L’une des limites du dispositif : le nombre de séances sans possibilité de renouvellement et sans qu’une continuité dans le suivi ne soit proposée. "La MDA peut prendre le relais dans certains cas, mais leurs psychologues ne peuvent pas assurer le suivi de tous, fait savoir Maggie Pétrignet-Miel. Nous voudrions que le dispositif soit pérennisé et nationalisé au-delà des trois ans, car il existe aujourd’hui une vraie souffrance psychique chez les jeunes, accentuée par le contexte actuel. Sans compter les réseaux sociaux et le cyberharcèlement qui peuvent conduire à un syndrome dépressif, avec des idées noires et suicidaires."

Dr Petrignet-Miel
Dr Maggie Pétrignet-Miel


L’expérimentation a pour autre avantage de sensibiliser le milieu scolaire et libéral à détecter les jeunes avec des problèmes psychologiques, souvent peu enclins à verbaliser leur souffrance. Le dispositif fera l’objet d’une évaluation sur la base des bilans qualitatifs effectués par les psychologues à la fin de chaque prise en charge. Les résultats permettront d’envisager la généralisation de ce dispositif sur l’ensemble du territoire français.

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